Les fluctuations que connaît la filière pomme de terre depuis plusieurs semaines déjà, reflètent grandement l’état d’indigence des mesures promulguées pour la régulation du marché des produits de large consommation. Les instruments mis en œuvre il y a quelques années, à l’instar du Syrpalac (système de régulation des produits agricoles de large consommation), sont-ils dépassés ? Comment les intervenants, en amont ou en aval de la filière parviennent-ils à contourner les engagements inscrits aux cahiers des charges et auxquels ils doivent se conformer ? Autant de questions qui se posent et auxquelles les responsables du secteur n’arrivent pas encore à trouver des réponses adéquates dans un contexte où le marché est pris dans une spirale de flambée qui éreinte les bourses fragiles. Alors que les mois de novembre et décembre sont connus pour être la période de récolte et d’arrivée sur le marché de la pomme de terre d’arrière-saison, les prix de ce produit qui constitue l’une des bases essentielles du système alimentaire des ménages algériens, se maintiennent au-dessus du pic des 100 dinars le kilogramme. De là, le marché alimente tous les paradoxes lorsque l’on sait qu’habituellement, l’arrivée sur le marché de nouvelles récoltes provoque une chute drastique des prix. Mais, cette fois-ci, la baisse des prix n’a pas été au rendez-vous. Au-delà des comportements spéculatifs qui rongent les différents circuits de la filière et le manque d’informations précises sur la situation réelle de l’offre et la demande, c’est sur le cheminement des quantités stockées dans le cadre du système de régulation des produits agricoles de large consommation (Syrpalac) qu’il faudra se pencher. Pour mémoire, à la fin de la saison dernière, au mois de juillet 2014, la direction de la régulation auprès du ministère de l’agriculture et du développement rural a avancé un volume de 500 000 tonnes de pomme de terre, constituant le surplus de la récolte saisonnière, ayant fait l’objet de collecte et acheté à raison de 35 DA/kg auprès des agriculteurs dans le cadre du Syrpalac pour son stockage dans des chambres froides. Théoriquement, ces quantités devraient être déstockées durant les mois de septembre et octobre, constituant la période de soudure, c’est-à-dire l’intervalle entre l’épuisement de la récolte de saison sur le marché (fin août) et l’arrivée des premières récoltes de novembre. Néanmoins, durant cette étape, le marché est demeuré marqué par un déséquilibre important entre l’offre et la demande et les interrogations fusent quant à la destination prise par les quantités stockées dans le cadre du Syrpalac. Les pouvoirs publics, quant à eux, estiment que le déstockage de ces dernières n’est pas parvenu à endiguer la flambée des prix. Après avoir étudié toutes les hypothèses quant aux raisons de la persistance de cette hausse des prix, il n’est pas exclu que le mal trouve son origine dans la croissance de la demande qui dépasserait l’offre, ce qui a engendré un déséquilibre que le système de régulation mis en place n’arrive pas à enrayer. Dans ce cas, la consommation moyenne par habitant de 54 kg/an évoquée dans le cadre des différentes évaluations depuis plus de 5 ans est appelée à être revue. La population ne cesse de croître en passant de 36 millions à 38 millions d’habitants entre 2008 et la fin 2013 est un paramètre qui ne semble pas pris en considération dans l’élaboration des études prospectives sur l’évolution de la consommation. Ainsi, le volume de 40 millions de quintaux par année que le ministère de tutelle considère comme un seuil nécessaire pour couvrir les besoins exprimés, serait largement dépassé. Cependant, il est toujours utile de noter que l’Algérie n’a pas importé de pomme de terre depuis 2006. Or, la baisse de l’offre actuelle, lorsqu’elle se conjugue avec la spéculation et le monopole exercé par les propriétaires de chambres froides, débouche inévitablement sur la hausse de la demande suivie de la flambée des prix.
La face cachée du système de régulation

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