Le mouvement populaire algérien du Hirak a tout d’une révolution

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Le 2 avril 2019, le président algérien Adbelazziz Bouteflika, quittait le pouvoir après 20 années passées à la tête du pays. Une démission forcée par le soulèvement populaire, qui avait débuté trois mois plus tôt, le 16 février à Kherrata, un village de Kabylie. Karim Tamine, universitaire et président de Cultures Maghreb Limousin, nous décrypte la situation dans l’Algérie d’aujourd’hui.

Ce n’est pas de président dont veulent changer les Algériens mais de régime. Ils appellent à une seconde république, une nouvelle constitution, un nouveau système pour une nouvelle vie citoyenne. L’actuel président Adbelmadjid Tebboune, ancien premier ministre, ministre de la défense, ministre du commerce, ministre de l’habitat… n’a rien d’un réformateur ni d’un révolutionnaire. Pâle copie de son prédécesseur, l’insurrection de 2019 ne semble qu’avoir mis fin au règne d’un président absent. En cela, la célébration du deuxième anniversaire du Hirak, renoue avec les revendications d’alors, mise sous cloche en 2020, par le Covid-19. Pour comprendre l’existence et l’avenir du Hirak, Karim Tamine, originaire de Kabylie et arrivé en France en 1985, revient sur les différents mouvements qui ont traversé le pays. 

La révolution Algérienne, une histoire sans fin 

Une première inssurection armée éclate en 1963, menée par le Front des Forces Socialistes (FFS), dirigé par Aït Ahmed, contre la prise de pouvoir de Ahmed Ben Bella, premier président de la république Algérienne et son conseiller Houari Boumédiène. Le conflit dégénère rapidement entre le FFS et le FLN (Front de Libération National). Les affrontements seront meurtriers. Un an après, le FFS est éradiqué et le parti unique instaure une dictature qui ne dira pas son nom jusqu’en 1988. La montée des revendications à la fin de l’année 1988, font écho aujourd’hui : ouverture démocratique, liberté d’expression, laïcité, multipartisme… « Les Algériens ne voulaient plus de ce système. Et qu’à fait le système ? Il a accepté de réformer la constitution et de s’ouvrir au multipartisme. Des élections libres et des partis politiques ont émergé, mais ce qu’on appelle la récréation politique n’a été qu’une démocratie de façade » explique, Karim Tamine. « Tout d’un coup, il y avait des débats politiques de partout, dans les journaux, à la télévision, c’était comme en France. Mais les Algériens n’ont pas la culture de la libération de la parole. Après des années muselés,  ils ont laissé les gens s’exprimer sans préparer le terrain. Et ce sont les radicaux qui en ont profité ».

« C’est ce même problème qui va se poser

Ce n’est pas de président dont veulent changer les Algériens mais de régime. Ils appellent à une seconde république, une nouvelle constitution, un nouveau système pour une nouvelle vie citoyenne. L’actuel président Adbelmadjid Tebboune, ancien premier ministre, ministre de la défense, ministre du commerce, ministre de l’habitat… n’a rien d’un réformateur ni d’un révolutionnaire. Pâle copie de son prédécesseur, l’insurrection de 2019 ne semble qu’avoir mis fin au règne d’un président absent. En cela, la célébration du deuxième anniversaire du Hirak, renoue avec les revendications d’alors, mise sous cloche en 2020, par le Covid-19. Pour comprendre l’existence et l’avenir du Hirak, Karim Tamine, originaire de Kabylie et arrivé en France en 1985, revient sur les différents mouvements qui ont traversé le pays. 

La révolution Algérienne, une histoire sans fin 

Une première inssurection armée éclate en 1963, menée par le Front des Forces Socialistes (FFS), dirigé par Aït Ahmed, contre la prise de pouvoir de Ahmed Ben Bella, premier président de la république Algérienne et son conseiller Houari Boumédiène. Le conflit dégénère rapidement entre le FFS et le FLN (Front de Libération National). Les affrontements seront meurtriers. Un an après, le FFS est éradiqué et le parti unique instaure une dictature qui ne dira pas son nom jusqu’en 1988. La montée des revendications à la fin de l’année 1988, font écho aujourd’hui : ouverture démocratique, liberté d’expression, laïcité, multipartisme… « Les Algériens ne voulaient plus de ce système. Et qu’à fait le système ? Il a accepté de réformer la constitution et de s’ouvrir au multipartisme. Des élections libres et des partis politiques ont émergé, mais ce qu’on appelle la récréation politique n’a été qu’une démocratie de façade » explique, Karim Tamine. « Tout d’un coup, il y avait des débats politiques de partout, dans les journaux, à la télévision, c’était comme en France. Mais les Algériens n’ont pas la culture de la libération de la parole. Après des années muselés,  ils ont laissé les gens s’exprimer sans préparer le terrain. Et ce sont les radicaux qui en ont profité ».

En 1992, le Front Islamique du Salut (FIS) arrive en tête des élections législatives contre un score de 3% pour les démocrates. « C’est ce même problème qui va se poser aujourd’hui. Quand les Algériens sont sortis dans la rue en 1988, ils ont dit ce qu’ils ne voulaient pas mais pas ce qu’ils voulaient ». L’anarchie institutionnelle qui régna de 1988 jusqu’en 1992, a permis au discours islamique de s’imprégner dans la société. Simple et rassurant, il basait tout son programme sur le Coran, comme sauveur politique. Pris de panique, le pouvoir en place et son président Chadli, arrête le processus électoral pour faire barrage au FIS. Profitant de cet entre-deux tours, les militaires évincent le président. « C’est le retour de la dictature ». L’arrivée de Bouteflika en 1999 doit ramener le calme. Pour faire cesser la guerre civile, qui dura de 1993 à 1997, il signe une réconciliation nationale avec le FIS et les autres partis d’opposants. « En fait, il a arrosé tout le monde avec l’argent du pétrole. Le baril valait 150 dollars ». Cet âge d’or économique n’a pas profité au peuple, qui se rend compte à présent de la dilapidation du patrimoine économique algérien, selon Karim Tamine. 

L’année dernière le mouvement a dû faire une pause, la faute au Covid-19. Le pouvoir en a profité pour rendre extrêmement compliqué l’accès à l’Algérie, même pour ses ressortissants : « il faut déposer un dossier bien détaillé au consulat et avec un peu de chance, il est possible d’avoir une réponse sous un mois ». Même avec ces efforts pour contenir le mouvement au territoire,  « il y a une cohésion entre ce qui se passe en Algérie et ce qui se passe en France ». Mais les actions en soutien au mouvement, restent concentrées à la capitale. Sur le modèle d’un mouvement apolitique, l’Hirak, ne s’est jamais structuré autour d’une force politique et c’est peut-être ce qui fait « à la fois sa force et ses faiblesses ».  « Je ne vois pas comment on peut faire quelque chose de sérieux et aller vers des alternatives si on est un mouvement qui ne se structure pas. Mais ça reste un débat ouvert, je fais confiance au génie populaire. Ce n’est pas la première révolution ni la dernière, il suffit parfois d’une petite étincelle ». D’un ton presque idéaliste, Karim Tamine, évoque la révolution française, comme un évènement qui a marqué les Algériens et qui peut-être les inspirent. « Il n’y a pas de début dans le génie populaire, l’Histoire nous le transmet. Ça nous dépasse individuellement. C’est magique ». 

  Hirak, est un mot arabe qui signifie mouvement.

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