LETTRE À UN JEUNE JOURNALISTE

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Salut à toi, jeune journaliste. Toutes mes félicitations, tu as choisi une profession stimulante et essentielle ! Ça, c’était la bonne nouvelle.

Voici la mauvaise : on ne se racontera pas d’histoires, les temps sont durs pour les chiens de garde de la démocratie. Les journalistes n’ont pas particulièrement bonne presse et le journalisme n’est pas ce que l’on entend lorsqu’on parle de « métier d’avenir »...

Je ne t’écris pas pour te décourager ! Au contraire. Ce mois d’août est un mois sacré pour la démocratie, le 20 août 1956 a eu lieu le congrès de la Soumam. C’est l’occasion de se remémorer, d’échanger, et de témoigner de ce fleuve d’histoire détournée.

Dans le contexte actuel, l’ambiance risque d’être assez morose. Voilà pourquoi je me propose de te donner quelques raisons de te consoler.

Je m’explique. S’il est une chose qui devrait te réjouir, c’est que tu as la chance de pratiquer ton métier dans des conditions technologiques à des années-lumière de ce qu’elles étaient à mon époque, il y a 27 ans de cela ( l’année de mon assassinat, oui, plus d’un quart de siècle, tu as bien lu).

Lorsque j’ai commencé à écrire, j’avais 20 ans. Non seulement je n’avais pas d’ordinateur, l’internet n’existait pas encore !

J’écrivais mes textes au crayon à mine avant de les recopier à l’ordinateur, au journal étudiant de l’université. Je les transférais ensuite sur une disquette que j’allais déposer à La maison de la Presse, en autobus. Une heure et demie de trajet, aller-retour, pour accomplir ce que tu fais aujourd’hui en quelques secondes, de n’importe où.

Si toi , jeune journaliste ! Tu a décidé de rester, et de lutter , contrairement à beaucoup d’autres qui ont choisi de quitter; et de se taire, c’est parce que toi tu est ce petit bonhomme, qui aime son pays de façon inconditionnelle; tu es désormais devenu ce grand journaliste , que le pays ne cesse de réclamer.

Remémore l’incarcération de Mohammed Benchicou au début du mandat de Bouteflika, la mort en prison de Mohamed Tamalt en décembre 2016, mon assassinat et les assassinats de mes confrères pendant la décennie noire; pris en tenaille par ce système mafieux , et les islamistes intégristes. Ce sont les deux faces d’une même pièce.

Je le savais très bien ; Tu ne meurs pas de ce que tu es malade ; tu meurs de ce que tu es vivant.

Si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs

 ar Tahar Djaout

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