Aux origines de la médiocrité de la production audiovisuelle en Algérie

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Chaque année, venu le mois du Ramadan, les Algériens découvrent sur leurs téléviseurs la médiocrité de la production audiovisuelle nationale. Absence de scénario, montage hasardeux, violence, sexisme, racisme…, sont autant de tares qui caractérisent les films, les séries, les reportages et les émissions de divertissement diffusés, y compris la fameuse « caméra cachée », qui est devenue le symbole d’une décadence constatée depuis maintenant plusieurs années.

A peine Ramadan 2020 a commencé, que déjà une « caméra cachée » a suscité l’indignation parmi les téléspectateurs. Piégeant des jeunes hommes célibataires en leur faisant croire qu’ils participent à un jeu télévisé, la production leur offre, à l’issue de leur participation, un cadeau. Ce cadeau n’est autre qu’une femme à marier en chair et en os ! Face au tollé suscité, suivi par la réaction de l’Autorité de régulation de l audiovisuel, la chaîne privée Numidia TV a dû présenter ses excuses aux téléspectateurs et a supprimé l’émission de sa grille. Ce scandale n’est pas sans rappeler celui dont a été victime l’écrivain Rachid Boudjedra en 2017. Une « caméra cachée » diffusée sur Ennahar TV avait, cette fois-ci, terrorisé l’écrivain quand un groupe d’individus, qui l’accusaient d’athéisme, l’ont « kidnappé », selon ses propres dires, pour lui extorquer des prières. L’affaire avait suscité l’émoi parmi les intellectuels et parmi ses lecteurs à travers le monde.

A part quelques exceptions qui se comptent sur les doigts de la main, les productions audiovisuelles en Algérie, si elles ne passent pas inaperçues car pauvres et sans intérêt, elles ramènent chaque année leurs lots de scandales. Quant aux critiques Algériens de cinéma, ils sont unanimes pour dire que les films et séries télévisées produites localement ne répondent pas au minimum des standards de qualité de base. Dans ces circonstances, il n’est pas étonnant de constater que les Algériens se ruent de plus en plus sur les plateformes numériques en ligne, telle que Youtube, pour visionner des films et des séries qui datent des années 80 et 90, voire des années 70.

Aujourd’hui, deux mots peuvent décrire la situation du secteur audiovisuelle en Algérie : médiocrité et anarchie. Pour bien cerner les origines de cette situation, il faut la placer la problématique dans son contexte global de la gestion de la chose culturelle en Algérie ces vingt dernières années.

Installée par Bouteflika en 2002 à la tête du ministère de la Culture, Khalida Toumi avait une seule obsession : contrôler l’action culturelle d’une main de fer pour la mettre au service du régime en place. Ainsi, pendant les 12 années d’affilées qu’elle a passées sur le Plateau des Annassers, elle a œuvré avec conviction et avec acharnement pour, d’un côté, affaiblir les productions artistiques indépendantes, et de l’autre, soutenir la culture officielle, celle qui chantait les louanges d’un régime en manque de légitimité.

Comme dans les autres secteurs d’activité artistique, les artistes, les cinéastes et les opérateurs affiliés aux métiers de la production audiovisuelle ont été privés de financement. Quand ils voulaient produire et diffuser des œuvres indépendantes qui parlaient la langue du peuple et qui représentaient leur vécu, ils étaient marginalisés, empêchés voire menacés de mort. Pour les remplacer, la place a été donnée à des individus qui se sont découverts la passion de la production audiovisuelle quand des garanties de financement leur ont été faites. Je connais personnellement des boîtes de production audiovisuelle qui ont été créées du jour au lendemain, pour bénéficier, quelques jours après, d’une subvention ou d’un contrat avec une chaîne de télévision privés.
Ainsi, peu à peu, le secteur audiovisuel s’est inscrit pleinement dans le pacte de corruption généralisée, présenté par le régime comme étant l’unique pacte possible pour gérer les affaires du pays. Les productions audiovisuelles sont devenues, de facto, otages d’une mafia qui s’est accaparée des subventions publiques et des contrats avec des chaînes qui pullulent de faux journalistes, et dont l’objectif premier n’est pas de satisfaire le téléspectateur, mais de satisfaire celui qui les a placés.

Ammar Kessab

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